Le Deux

L’être-Deux n’est pas simplement un « être avec l’autre et au monde », mais l’union de deux étants qui par cette union acquièrent un existant commun. En tant qu’existence, l'être-Deux se vit par l’expérience partagée de la vie elle-même, au cœur de sa propre vie de Deux. Le cogito-Deux est inopérant dans la saisie du concept du Deux, il n’est qu’une orientation des cogitos-Un vers la réalisation de l’union au sein de laquelle peut être perçue de manière transcendantale l’essence du Deux dans la sortie hors de soi (ex-tase). Les étants-Un sont alors dans la donation/contemplation et dans le mouvement vers l’ouvert du monde par et à travers l'autre. Par contemplation, on entend action de prolongement de l’acte de donation dans une visée phénoménologique de la conscience de l’autre. Par ouvert, on entend cette infinitude dans laquelle le Deux chemine sans jamais s’enfermer en lui-même.


Jaquette du livre "le Deux" Editions Baudelaire, Disponible via Hachette Distribution. Code ISBN 979-10-203-3620-0 – Format : 15 x 21 cm – 236 pages

Ce livre est un parcours phénoménologique où s’entrelacent philosophie et poésie pour explorer le concept du Deux et en révéler la dimension ontologique. Qu’est-ce que le Deux ? Le Deux est cette relation d’altérité si particulière (différente du "nous") née de l’amour de deux êtres qui confère au Deux un exister-ensemble (sorte de Dasein-Deux). Le Deux se fait par l’union de deux étants, et par cette union il devient un être-Deux, à la fois essence et existence en tant que matrice même de la vie à advenir. C’est le propos de ce livre qui tente de fonder le Deux comme une essence et l’être-Deux comme une existence. L’être-Deux se vit hors de la catégorie du cogito, comme énaction puis déploiement de l’union dans une praxis de la jouissance dans la chair du monde. L’étant-Deux est un ressenti du Deux. Le Deux n’a pas de conscience propre, c’est au contraire pour les étants-Un un dépassement transcendantal de soi, dans l’ex-tase. Ainsi jouissance signifie jouissance de l’union par les corps à la fois par l’acte d’amour comme dans la contemplation de l’autre et du monde à deux dans son frémissement même (ce sont les résonances du Deux). L’accès à cette union se fait par la perception des corps (Merleau-Ponty) et la présence de la Nudité de l’autre (Levinas) vécue comme être-éros, dans une donation réciproque. 

Ricoeur insiste sur le côté dissymétrique de la relation d’altérité puisque les places de l’un et l’autre ne sont pas interchangeables. Ce qui est donc le Même dans le Deux est le ressenti électif (c’est-à-dire non universel) de l’être-pour l’autre.





Couleur désir

Dans le cartable de la vie, un tout petit crayon. Un crayon pour dessiner tes yeux et écrire des histoires d’amour. Dans la montagne, le soleil au matin s’écrivait dans nos mains ouvertes aux regards passionnés. Le cahier s’ouvrait à la page des je t’aime coloriés en vert. Vert-rosée humide et fraîche. La coupe de tes lèvres aux écoliers criant gaiement, tes bras m’entourant. Plus loin, un banc à la lisière de notre impatience. Cymbales silencieuses sur le chemin de terre, en longs rubans dans le ciel lointain. Effilochés comme des draps dans le firmament, là où précisément commence l’amour dans l’entrebâillement des rêves. L’entrebâillement ? Un crayon pour dessiner ta bouche. Un autre pour dessiner ton dos qui se cambre. Couleur paix, couleur tension, couleur vibration profonde puis couleur tendre. Du vert et du rose, du bleu électrique et du mauve. Tes jambes me frôlent et s’étirent, deux serpents qui m’enlacent et me charment et dessinent des entrelacs dans l’intensité du désir. Un crayon pour dessiner je t’aime sur ton visage qui s’attise de rouge. Qui passion, qui écartèlement, qui vibraphone tout en haut du clavier des accords. Résonance profonde plusieurs fois renouvelée dessinée à l’aplomb de nos sourires inscrits sur le cahier. Le cahier du matin dans le cartable de la vie. Le cartable que j’emporte avec moi dans les bagages de la vie. Couleur indélébile.


Couleur plaisir

Qui a écrit sur le cahier des rêves ? Avec un rayon de transparence. Dans l’abandon et le partage extrême. Sur le cristal qui vibre et ne retient que le cri de l’hermine. Celle qui court sur nos ventres et que l’on ne peut saisir tant sa course est subtile. Sur le verre profond qui joue une double symphonie à la voix là-bas qui murmure et fredonne de sensualité ocre. La couleur du temps incolore, à jamais pure. La présence fulgurante du frisson, un éclair de feu et la couleur se répand comme si l’on pressait le tube des passions. Ouvert et offert qui inonde le tableau aux fleurs vertes. Couleur plaisir.


Le cheminement du Deux passe par l'amour. Ce chemin a ses propres ornières, ses propres clairières et ses propres échappées...


L’herbe sèche est brûlée de soleil
La terre se sait plus où s’abriter, où se cacher
C’est un vent chaud, étouffant qui me parcourt
Mes pas craquent sur le sable cramoisi
Mon corps ne se désaltère plus de toi
Je suis desséché, je suis un cœur battant
Je cherche ton soleil, je cherche ta flamme
Ton amour-passion, l’incendie
Qui allume les brandes et court sur les dunes
Que la mer ne peut éteindre
Que tes lèvres d’eau ne peuvent apaiser
Que ta voix appelle
Et qui se creuse dans un sillon incandescent.
La flamme craque et hurle
Les branches calcinées tombent
Ma tête brûle. Tu es derrière ce rideau de feu
Et je ne peux t’atteindre.
Mon amour est aux confins de l’incendie
Dans le halo de l’indicible
Il est de ceux qui s'alimentent de lui-même et que je vis dans tes yeux.
Je marche sur la dune, dans le sable blond
mes pieds nus foulent la terre
c'est le désert
je prends du sable dans la main
le ciel est sans oiseau
une piste mouvante sous la chaleur
le pas alangui, la paix intérieure
totale vacuité de l'instant
dans ce désert où l'horizon se déplace et tremble
rose des sables de mon corps
le ciel et la terre qui dansent unis.
Mais qu’importent l’espace et le temps après tout
Seul ton amour m’habite et mon corps est trop petit…



Où est la nostalgie du temps ?
Elle est dans les paumes de ta main
Dans les plissures de ton sourire
Elle est là-bas dans la chaleur des villes du sud
Dans la danse enturbannée et les tambourins
Où les oiseaux tournoyaient
Pour écrire cette page éternelle.


C’est maintenant que ma vie s’enrichit
Au rythme lent des caravanes
Au pas nonchalant de la patience
Lentement sur les routes du désert
Où je sais trouver les points d’eau
Les puits de ton corps où je m’abreuve
Et où coule le long filet de ta vie que tu répands
Jarre de terre et de feu qui m’inonde.


Oh ta présence au glaive du temps
La musique lente à l’alcool des jours
Tu reviens avec la régularité de l’amour
Qui bat au rythme lent des cithares
Dans la clameur de l’été.
Régulièrement comme une horloge
Qui te prendrait la taille, fidèle et douce.
La vague, au soleil plein.


Ce rayon de soleil
Sur les murs qui font mal de blancheur
De pureté et d’eau claire.
Comme ton amour
Comme la cigale d’été qui jamais ne s’arrête.


Ce n’est pas envisageable d’oublier ces instants
De pure accordance de nos âmes et de nos corps
Car aucun autre instrument ne peut les chanter
Que la terre toute entière.


Recueillement et sensualité qui s’emmêlent
Toi et moi, les regard, les mains, les doigts
Les irisations de nos pensées
Et le reflet du lac devant lequel nous ne sommes pas


Avec la force de la vague et du vent
Mon amour vogue vers toi, Iseult
Voile blanche et éclatante.


Le pain de ma vie
Cuit au feu du temps
Dans le village là-bas aux confins du sud.
Aux confins des déserts où je t’ai rencontrée
Portée par le vent chaud
Et le chant des caravaniers
Inattendue dans une rayure du temps.
Et pourtant c’est cet instant qui depuis fonde ma vie
Qui m’a réveillé comme un serpent endormi
Après les rigueurs de l’hiver
Et qui me pousse dans la ronde des jours
Où je danse sous ton regard amoureux.
Envoûtement, sensualité, envoûtement
Dans la présence totale de la plaine
Où claquent les voiles bleues.


Et si c’était l’éternité qui venait frapper à notre porte ?
Car il s’agit de bien autre chose
Que de quelques mots griffonnés à la hâte dans le train de la vie
Qui jamais ne s’arrête ni ne se penche à la fenêtre
Pour regarder l’amour.
Pourtant cet amour est bien là au bord du quai
Il suffit de l’appeler et de le prendre
Et de lui dire qu’on l’aime.


Au vent du silence
Au vent de la mort
Font place les clameurs de l’été
Et les métros qui passent dans le désert
Remplis de mots d’amour à l’amour
Qu’il suffit de lire à haute voix.

A toi cristal et lampe magique
A toi l’heure de l’amour
Dans la transparence

Qui éclot dans l’œuf du temps et des paroles
Paroles d’amour qui restent et que je te donne en cadeau
Dans un papier d’Arménie que je brûle dans un sourire.
Aux mélodies amies.


L’amour libre n’a pas de liens
Il s’envole comme un oiseau lyre
Dans le monde des rêves et de la beauté lue.


A travers ton amour je chante tous les amours
L’amour du matin quand tu t’éveilles
L’amour qui nous amena près du Belvédère
L’amour qui nous défie du temps
L’amour qui nous donne l’amour
L’amour qui nous donne l’envie de faire l’amour.
Je célèbre l’amour
Car jamais il ne reprend ce qu’il a donné.


Je t’offrirai cette seconde d’éternité
Dans une boîte d’argent
A la lune blanche
Et tu l’ouvriras
Et tu verras une minuscule perle transparente
Que toi seule apercevras et qui s’appelle Amour.


Dans le carrosse du temps qui passe
Tu resteras habillée d’amour
Car la photo maintenant reste prise pour l’éternité.

Tipaza