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Matérialisme

 


Phénoménologie de la matière

 

Matérialisme = Tout ce qui existe est « matériel ». Qu'entend-on par matière ?


Le matérialisme est un système philosophique qui soutient non seulement que toute chose est composée de matière mais que, fondamentalement, tout phénomène résulte d'interactions matérielles et de mouvement. Le physicalisme est une branche du matérialisme qui postule que tout ce qui existe, notamment les êtres vivants, est une manifestation physique. Il se veut en accord avec les découvertes en sciences physiques, afin d'inclure des notions plus sophistiquées que celle de « matière », telles que : l'espace-temps, l'énergie, les champs de forces, etc. En philosophie analytique (chez Rudolph Carnap par exemple), le terme « physicalisme » est souvent préféré à celui de « matérialisme », tandis que certains auteurs les utilisent comme synonymes.

Le matérialisme considère que la matière construit toute réalité et s'oppose au spiritualisme pour lequel l'esprit domine la matière ou viendrait de l'extérieur. Il considère que la conscience, la pensée et les émotions sont les conséquences de mécanismes matériels qui procèdent de la matière vivante. Pour le matérialisme, la mort du corps matériel entraine la disparition de la conscience et de la sensation d'exister. Il considère également que le monde résulte de mécanismes matériels, sans but et sans signification et que l'esprit en est un effet dérivé.

L'information, la communication, la connaissance n'échappent pas à la règle : sans support matériel, sans support de communication, sans support de mémoire, écrit ou oral, il n'y aurait rien. En somme, la matérialité est non seulement un vecteur de communication, mais elle module aussi le sens et l'impact du message, par sa nature matérielle même.

En philosophie, la matière est donc souvent comprise de manière plus abstraite qu'une simple substance tangible ou matérielle. En dehors de la notion classique de substance, la matière est perçue comme ce qui permet l’existence d’une réalité physique ou phénoménale, indépendamment de son état spécifique (solide, liquide, gaz). Il ne s'agit pas d'un "support" passif mais d'un ensemble dynamique d'interactions, de formes, et de processus énergétiques.

Par exemple, dans le matérialisme contemporain, la matière n’est pas réduite à un objet physique statique, mais elle est conçue comme un flux d'énergie et d'informations en interaction avec son environnement. Cette vision intègre des notions issues de la physique moderne, telles que les ondes, les corpuscules, et les échanges d’énergie.

Cela signifie que la matière vivante, par exemple, n'est pas fondamentalement différente de la matière inanimée, mais qu'elle s'en distingue par une organisation biochimique complexe et des interactions continues avec son environnement, au-delà de la simple substance matérielle.

Mais qu'entend-ton par matière, car même en physique cette notion n’est pas encore très claire… C’est ce que nous examinons ci-après.

Qu’est-ce que la matière ?


La propriété de dualité de la particule élémentaire (se comportant à la fois comme un corpuscule et comme une onde) a été l’une des interrogations les plus difficiles de la physique quantique. L’onde et le corpuscule sont deux descriptions très opposées de la réalité et pourtant la matière comme la lumière se sont révélés être à la fois corpusculaires et ondulatoires dans nombre d’expériences en physique au cours du XXème siècle. Cela entraîne ainsi une double nature de la matière : discontinue (corpuscule) et continue (ondulatoire). A cela s’ajoute encore la notion d’équivalence entre matière et énergie à travers la célèbre relation d’Einstein E = mc2 et des organisations différentes de la matière à des échelles macroscopique et cosmologique.

La physique quantique, et l’élaboration toujours en cours de la théorie quantique des champs, nous oblige à changer notre regard phénoménologique sur la matière. Les champs (de force, d’énergie, etc.) semblent en effet opérer tant au niveau microscopique qu’au niveau cosmologique en passant par le monde macroscopique (échelle de l’homme).

En mécanique quantique, la dualité onde-corpuscule se modélise par une fonction d'onde associée à la particule qui représente la densité de probabilité de toute variable mesurable caractérisant cette particule. La position d'une particule est un exemple d'une de ces variables : elle est décrite [1] en termes d'onde de probabilité. Ainsi l'on peut voir la particule comme un pic de densité d'une onde.

Il en résulte des propriétés nouvelles et parmi les plus intrigantes l’intrication quantique et la superposition d’états.
  • Intrication quantique, ou enchevêtrement quantique, est un phénomène dans lequel deux particules (ou groupes de particules) forment un système lié, et présentent des états quantiques dépendant l'un de l'autre quelle que soit la distance qui les sépare. Un tel état est dit « intriqué » ou « enchevêtré », parce qu'il existe des corrélations entre les propriétés physiques observées de ces particules distinctes. En effet, le théorème de Bell démontre que l'intrication donne lieu à des actions non locales. Ainsi, deux objets intriqués O1 et O2 ne sont pas indépendants même séparés par une grande distance, et il faut considérer {O1+O2} comme un système unique, par exemple une seule onde avec deux pics de densité. Cette intrication de particules a été vérifiée expérimentalement, notamment par Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022,
  • Superposition d’états : l'état de superposition est une conséquence purement mathématique de la théorie quantique. L'interprétation physique pose problème, car cet état ne correspond à rien de connu en physique classique, et semble ne pas subsister à l'échelle macroscopique. Ce principe résulte du fait que l'état - quel qu'il soit - d'un système quantique (une particule, une paire de particules, un atome, etc.) est représenté par un vecteur dans un espace vectoriel de dimension infinie (nommé espace de Hilbert). Ce vecteur peut se projeter sur un sous-espace doté d’une base donnée et donc prendre des « états » différents selon la base de projection. Cette projection est la mesure que fait l’observateur sur le système.
Ces deux propriétés résultent bien de la définition de la fonction d’onde c’est-à-dire du modèle mathématique choisi pour représenter la particule (aspect matériel lié à la densité) et le flux de particules (aspect ondulatoire, non matériel). Young avait déjà montré le double aspect onde-corpuscule de la matière qui n’est donc pas qu’un effet de la représentation mathématique mais aussi le point de vue avec lequel on considère le phénomène.

Aujourd'hui, le modèle quantique est devenu incontournable pour représenter ce qui se passe à ces niveaux infinitésimaux. En effet l'étude des collisions entre particules a permis de mieux comprendre la physique du noyau atomique (réactions de fission, de fusion, radioactivité) et a révélé l'existence de deux interactions fondamentales (l'interaction forte et l'interaction faible) qui viennent s'ajouter aux interactions gravitationnelles et électromagnétiques déjà connues dans le monde macroscopique.
  1. L'interaction forte : permet d'expliquer la cohésion des noyaux (formés de protons et de neutrons) malgré la répulsion électrostatique entre les protons. Cette interaction est de très courte portée. Les particules qui y sont sensibles (proton, neutron, etc.) sont appelées hadrons mais sont composés à leur tour de particules plus élémentaires : les quarks. Cette interaction se transmet entre les quarks par l'intermédiaire de gluons peuvent être considérés comme des champs de force, des ondes plutôt que des particules matérielles. Notons que d’autres combinaisons de quarks et d'antiquarks se répartissent en deux classes : (a) les baryons, formés de trois quarks, comme les neutrons ou les protons ou de trois antiquarks : l'antiproton et l'antineutron. Ils sont caractérisés par un nombre quantique appelé charge baryonique et (b) les mésons, formés d'un quark et d'un antiquark. Notons que les étoiles et galaxies se sont formées à partir d’une « soupe » de baryons aux premiers temps de l’univers.
  2. L'interaction faible : permet d'expliquer les phénomènes de désintégration radioactive. Cette interaction est de très courte portée. Les six particules qui y sont sensibles sont appelées leptons (électron, muon, tau, neutrino électronique, neutrino muonique, neutrino tau). Cette interaction entre leptons est transmise par les bosons parmi lesquels il faut distinguer le boson de Higgs qui confère leur masse à certaines particules. Les bosons sont comme les gluons, des champs de force non matériels bien qu’ils se comportent comme des particules.
  3. L'interaction électromagnétique : permet d'expliquer l'attraction ou la répulsion de deux particules chargées. Cette interaction est à longue portée, elle varie en 1/r2, où r est la distance qui sépare les particules. Cette interaction est transmise par le photon. Notons que le photon est de masse nulle (comme les gluons).
  4. L'interaction gravitationnelle : permet d'expliquer l'attraction entre deux masses. Cette interaction est à longue portée, elle varie en 1/r2, où r est la distance qui sépare les particules. Cette interaction serait transmise par le graviton (particule de masse nulle, jamais détectée à ce jour sauf à travers les ondes gravitationnelles).
Catégories de particules
Les bosons de spin 1 sont les médiateurs des forces fondamentales : photons pour l'électromagnétisme, gluons pour l'interaction forte W+, W- et Zo pour l'interaction faible et Higgs de spin 0, qui fournit leur masse aux particules élémentaires. A l'autre bout, les fermions de spin 1/2, constituent la matière proprement dite : les leptons - comme les électrons, sensibles à l'électromagnétisme et à l'interaction faible mais pas à l'interaction forte, et les neutrinos sensibles uniquement à l'interaction faible. Enfin, les quarks sont formés par les hadrons : protons, neutrons, mésons, liés par les gluons.
Toutes ces « particules » élémentaires sont définies par des nombres (spin, masse, charge électrique, charme, couleur, etc.) et par leurs interactions plutôt que par les traditionnels paramètres de la physique macroscopique : position, mouvement, vitesse, etc. puisqu’ils ne sont pas localisables (ce sont des ondes) ni observables directement. Ainsi ce terme de particule prend-il un côté « abstrait » et ne recouvre pas uniquement le côté matériel des objets envisagés mais aussi d’autres descriptions. Par raison de symétrie, la description rend possible d’envisager qu’à chaque particule correspond une antiparticule par symétrie de charge électrique. Une particule est semblable à son antiparticule, avec des changements de signe. La charge électrique est opposée, c'est ce qui définit l'antiparticule. La masse est en revanche identique. L’annihilation matière antimatière donne un rayonnement gamma c’est à dire un rayonnement de très haute énergie. Mais cette énergie ne reste pas sous cette forme et redonne un couple matière/antimatière c’est-à-dire lepton/antilepton (muon/antimuon par exemple) ou quark/antiquark (méson kaon par exemple) et qui eux-mêmes ensuite donnent bien d’autres choses encore. Cette théorie n’est pourtant pas arbitraire : elle donne bel et bien des résultats observables et n’interdit pas d’aller plus loin. Poursuivons.

Les antiparticules appelées encore particules virtuelles, proviennent de « l’oscillation du vide ». Le vide n’est pas le néant. Il est polarisé et contient des charges électriques, car les ondes électromagnétiques peuvent le traverser. Il est quantique, chaotique et fractal. Il est la source du temps et de l’espace. La matière n’est qu’une partie des niveaux d’organisation du vide quantique qui est constitué de particules fugitives, éphémères qui, en interagissant entre elles, ont donné naissance à l’univers corps-lumière dans lequel nous vivons. C’est l’oscillation du vide qui produit l’émergence de la matière. En théorie des supercordes, les briques fondamentales de l'univers ne seraient pas des particules ponctuelles mais des sortes de cordelettes vibrantes (ouvertes ou en forme de boucles) possédant une tension, à la manière d'un élastique. Ce que nous percevons comme des particules de caractéristiques distinctes (masse, charge électrique, etc.) ne seraient que des cordes vibrant différemment sur des modes harmoniques ou des fréquences différentes. Les différents types de cordes, seraient ainsi à l'origine de toutes les particules élémentaires de notre univers. Elles ne sont plus de la matière proprement dite mais une oscillation très localisée de l’espace lui-même, oscillation qui peut se propager en le déformant et en le densifiant au point de lui donner une « impénétrabilité » digne d’un corps solide.

Vide quantique

On voit ainsi que la matière ne peut plus être pensée en termes de « grains » comme pourrait l’être un tas de sable, ni même en termes d’ « atomes » insécables comme on l’imaginait dans l’antiquité. Les particules d’interaction gluons, bosons, photons et gravitons, sans masse, n’ont de particules que le nom et sont plutôt des vecteurs de force porteurs d’énergie, c’est-à-dire des champs de force. C’est d’ailleurs par leur intermédiaire que la « matière » peut s’échanger en énergie selon la formule E = D(M)c2 laquelle se disperse ensuite sous forme d’ondes (rayonnement, onde de chaleur, onde de choc onde électromagnétique). En fait la matière ne disparait pas entièrement (d’où la notation D qui indique une partie de masse) sauf dans le cas d’un choc particule-antiparticule, ce qui permet à certains de dire que l’énergie n’est autre que le couple matière-antimatière.

Matière et Energie sont capables de se transformer l’une et l’autre et cependant sont contraires l’une de l’autre. Cela s’exprime dans le fait (a) que la matière est liée aux lois des fermions et l’énergie aux lois des bosons, deux systèmes aux lois opposées, dans le fait (b) que la matière est liée à la discontinuité des particules et l’énergie à leur continuité ondulatoire, et dans le fait (c) que l’énergie est liée au vide et la matière à l’apparent non-vide, en tout cas à deux visions de l’espace-temps complémentaires. Remarquons que l’interdépendance de la matière et de l’énergie se manifeste dans le fait que toute relation matière-matière passe par des échanges d’énergie, via des photons notamment. Sans énergie, il n’y a donc aucune relation matière-matière possible.

Ainsi on le voit, la matière est tout sauf simple dans sa composition. Elle est en perpétuel mouvement, oscillation et agitation que ce soit au niveau microscopique comme au niveau cosmologique (étoiles, galaxies, planètes, trous noirs, etc.). Elle s’échange avec l’énergie sous forme d’ondes et elle est baignée dans plusieurs champs de force qui déforment l’espace-temps le contractent ou le dilatent. Elle apparaît donc comme une structuration/organisation de cet espace-temps à diverses échelles, du microscopique au macroscopique en passant par des nanostructures (atomes, molécules) puis des microstructures (cristaux, solides, liquides, gaz, plasmas) pour semble-il revenir à des « soupes de particules » dans les étoiles ou les trous noirs, reliant ainsi les infiniment petits et grands. La matière n'est pas une substance primale, elle résulte du vide et et sa mise en mouvement structure l'espace-temps dans des champs ondulatoires croisés. La matière a de plus, une structure et des niveaux d'organisation :
  • Organisation en couches (multicouches) : utilisée dans les semi-conducteurs ou les revêtements pour contrôler les propriétés électriques ou mécaniques.
  • Réseaux ordonnés et désordonnés : la symétrie et l'ordre des arrangements atomiques déterminent la rigidité, la conductivité thermique et la transparence optique.
  • Nano-organisation : dans les nanomatériaux, l'arrangement des particules à une échelle nanométrique conduit à des propriétés uniques comme la superplasticité ou la supraconductivité.


Conséquences pour le matérialisme philosophique


Peut-on continuer à parler de matière inerte comme pour une table ou une pierre ? Car même dans une table ou une pierre les atomes sont en mouvement, les réactions d'usure opèrent en surface, etc. Ces corps parmi les plus usuels sont soumis comme tous les corps à des ondes autant qu'à des interactions matérielles classiques : la corrosion chimique, l'érosion mécanique, les champs de force électromagnétiques ou gravitationnels, etc. La matière est toujours en mouvement en tant que lieu de forces et de changements : les astres génèrent la matière et la lumière, se meuvent et créent à leur tour des champs gravitationnels et d'autres mouvements autour d'eux. 

Ce que nous appelons matière est beaucoup plus qu'un assemblage de molécules ou de particules élémentaires car ces dernières se comportent aussi comme des ondes ou émettent des rayonnements. Les ondes pour leur part peuvent être considérées comme porteuses d'information, ce que nos sens savent très bien exploiter (1). Les ondes sont aussi porteuses d'énergie : les photons donnent la lumière et éclairent la scène où nous vivons, les électrons l'énergie électrique avec laquelle nous nous chauffons ou les ondes électromagnétiques par lesquelles nous communiquons. Les ondes sont partout dans l'univers et procèdent directement de la matière, sont la matière même.

Le matérialisme philosophique pour sa part, doit donc élargir la notion ordinaire de matière au sens de substance, comme seul support matériel de la vie et considérer qu'à travers la triple nature corpuscule, onde et énergie, la matière vivante est vivante par elle-même, plongée dans un monde ondulatoire et échangeant de l'énergie et des signaux/informations avec son environnement. Ainsi, le corps matériel est une structure vivante imbriquée dans un réseau ondulatoire, où chaque élément participe aux interactions énergétiques qui soutiennent la vie.

Pour leur part, les neurosciences doivent dépasser la question de l'incarnation matérielle de l'esprit qu'elles réduisent bien souvent à un cerveau équipé de neurones considéré comme un système mécanique de traitement de l'information (neuro-phénoménologie) : elles doivent considérer tous les autres aspects de la matérialité que sont les ondes (électriques, nerveuses, etc.) qui parcourent le corps et le cerveau ainsi que tous les échanges d'énergie. Le corps n'est pas séparé du cerveau et participe lui aussi aux fonctions cognitives et conatives de l'individu (on sait par exemple que le rythme cardiaque participe aux émotions). L'esprit n'est pas une machine dans la matière mais une forme de matérialité "ondulatoire" de la "machine".

Ainsi la matière a bien des aspects immatériels, qu'il faut certainement exploiter de manière plus générale en philosophie, notamment en philosophie de l'esprit et en phénoménologie. Il faut également repenser une ontologie de l'infiniment petit et corrélativement une ontologie de l'infiniment grand.


Méditations


La matière est-elle sans matière ? Une simple condensation à l'extrême, de l'espace ? Des cordes vibrantes (théorie des cordes)

Le regard vers le lointain et aussi profond qu'il soit est toujours porté par des photons
La parole est une onde acoustique qui se propage dans l’air
Tous nos sens reçoivent des ondes (2) non de la matière

Au-delà de la matière il y a encore de la matière-énergie même de l’antimatière-matière

En-deçà il n’y avait pas de matière à l’origine du monde mais du vide vibrant qui allait donner un espace-temps palpable

Qu’est-ce alors l’immatériel ? De la matière sans matière ? Cela ne se peut guère… ou alors de la matière-ondulatoire, une onde énergétique ?

Et l’antimatière ? De la matière inversée ?

Il n’y a que le néant qui soit de la non-matière car même le vide est plein de matière-antimatière. Or le néant n’est pas envisageable en physique.

Tout n’est donc question que d’échelles : du micro au giga et la matière n'est que des soubresauts de l'espace-temps dans ces échelles.

Le cosmologique agit sur le macroscopique autant que le microscopique.
Le macroscopique semble être le lieu de convergence et d'équilibre de toute la physique : en deçà c'est le monde désordonné et chaotique des particules, au-delà c'est le monde des énergies et des forces colossales. 

La vie ne peut apparaître que dans des zones de turbulence moyenne,
dans des conditions de calme physique relatif,
avec des briques moléculaires stables et des champs d'ondes pas trop intenses.

La matière vivante et la matière inanimée sont toujours en mouvement.

Le yin et le yang de la matière, deux états intriqués.

Matière et onde,
Dans le flux d'énergie pure,
L'univers frémit.

Quand l'onde danse, 
la matière s'évapore,
et l'énergie s'élève,
dans un univers en vie.



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(1) Une théorie (basée sur des phénomènes quantiques) suggère que les récepteurs olfactifs détectent la vibration des molécules qui les atteignent et que « l'odeur » est due à différentes fréquences vibratoires ; cette théorie est appelée à juste titre « théorie vibratoire de l'olfaction ». Pour la vision l'œil reçoit des ondes lumineuses et l'oreille des ondes de pression.

(2) Les enzymes peuvent utiliser l'effet tunnel quantique pour transférer des électrons sur de longues distances. Il est possible que la conformation quaternaire des protéines ait évolué pour permettre un enchevêtrement et une cohérence quantiques soutenus. Plus précisément, les enzymes peuvent augmenter le pourcentage de la réaction qui se produit par "tunnelisation" de l'hydrogène. De même dans les synapses des neurones du cerveau des phénomènes ondulatoires ont pu être observés. Des ondes cérébrales en soutien à la connectivité cérébrale ont été détectées lors de l'exécution de tâches : le cerveau utilise ces oscillations neuronales pour propager l'information dans différentes zones et, en organisant les processus neuronaux à travers l'espace et le temps, les ondes progressives jouent un rôle important dans le soutien de la connectivité cérébrale. Source: Neuron June 2018 10.1016/j.neuron.2018.05.019 Theta and Alpha Oscillations Are Traveling Waves in the Human Neocortex (Visuel Joshua Jacobs / Columbia Engineering).

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Une citation parmi d’autres

Basarab Nicolescu, Nous, la particule et le Monde, Editions Le Mail, 1985 : “Le Vide quantique - un vide “plein” : (...) Quand nous pénétrons dans une région de plus en plus petite de l’espace nous découvrons une activité de plus en plus grande, signe d’un perpétuel mouvement. La clef de la compréhension de cette situation paradoxale est fournie à nouveau par le principe d’incertitude de Heisenberg. Une toute petite région de l’espace correspond, par définition, à un temps très court et donc, conformément au principe de Heisenberg, à un spectre très large d’énergies. Par conséquent, pour des intervalles de temps très courts, la loi de conservation d’énergie peut être violée : tout se passe comme si les quantas de matière sont créés à partir de rien. Plus précisément, les “fluctuations quantiques” du vide déterminent l’apparition soudaine de paires particules-antiparticules “virtuelles” qui s’annihilent ensuite réciproquement, ce processus ayant lieu dans des intervalles de temps très courts.”

La formation de l’univers en temps accéléré

· Formation d’une galaxie,

 
  • Début simulation à z = 15,54 = t ~ 256 millions d’années
  • Fin simulation à z = 0 = t ~ 13,8 milliards d’années (aujourd’hui)

· Formation d’une partie de l’univers, 


  • Début simulation à z = 49 =t ~ 50 millions d’années
  • Fin simulation à z = 0 = t ~ 13,8 milliards d’années (aujourd’hui)
Copyright R. Teyssier, 2008

Danse de la matière

Dans l'infini silence où naissent les mystères,
Le vide quantique danse, libre, éphémère.
Fugitives, des particules entre elles se croisent,
Tissant un univers où la lumière s'expanse.

Éphémères éclats, à peine perceptibles,
Fondations invisibles, pourtant indélébiles,
Leur jeu subtil crée matière et résonance,
Et dans ce vide naît la première danse.

Le corps-lumière, de cette toile tissée,
Brille au cœur du vide, délicatement guidé,
Par ces particules qui s'effacent et renaissent,
Formant l'univers, où tout est promesse.

Ainsi la matière, simple vague passagère,
N’est qu’un reflet du vide, son éclat éphémère.
Un ballet de forces en perpétuel mouvement,
Là où la vie naît du néant rayonnant.



[1] En 1924, Louis de Broglie affirma que toute matière (et pas seulement la lumière) a une nature ondulatoire. Il associa la quantité de mouvement p d'une particule à une longueur d'onde λ, appelée longueur d'onde de de Broglie : l = h/p  {\displaystyle \lambda ={\frac {h}{p}}}où h est la constante de Planck (6,626×10-34 J.s). La fonction d'onde est un des concepts fondamentaux de la mécanique quantique. Elle correspond à la représentation de l'état quantique d'un système dans une base de dimension infinie, en général celle des positions. Dans ce dernier cas, elle est notée : !>, Elle correspond à une amplitude de probabilité, en général à valeur complexe. La probabilité de trouver une particule au voisinage de la position r à l'instant t est alors proportionnelle au carré du module de la fonction d'ondedensité de probabilité (volumique) de présence, et à la mesure du volume du voisinage de r. Cette interprétation probabiliste de la notion de fonction d'onde a été développée dans les années suivantes par Max BornWerner Heisenberg et d'autres, et constitue l'interprétation de Copenhague de la mécanique quantique, laquelle interprète ce caractère probabiliste dans l'interaction entre le système de mesure et le système quantique.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonction_d%27onde


 

Le Deux

L’être-Deux n’est pas simplement un « être avec l’autre et au monde », mais l’union de deux étants qui par cette union acquièrent un existant commun. En tant qu’existence, l'être-Deux se vit par l’expérience partagée de la vie elle-même, au cœur de sa propre vie de Deux. Le cogito-Deux est inopérant dans la saisie du concept du Deux, il n’est qu’une orientation des cogitos-Un vers la réalisation de l’union au sein de laquelle peut être perçue de manière transcendantale l’essence du Deux dans la sortie hors de soi (ex-tase). Les étants-Un sont alors dans la donation/contemplation et dans le mouvement vers l’ouvert du monde par et à travers l'autre. Par contemplation, on entend action de prolongement de l’acte de donation dans une visée phénoménologique de la conscience de l’autre. Par ouvert, on entend cette infinitude dans laquelle le Deux chemine sans jamais s’enfermer en lui-même.


Jaquette du livre "le Deux" Editions Baudelaire, Disponible via Hachette Distribution. Code ISBN 979-10-203-3620-0 – Format : 15 x 21 cm – 236 pages

Ce livre est un parcours phénoménologique où s’entrelacent philosophie et poésie pour explorer le concept du Deux et en révéler la dimension ontologique. Qu’est-ce que le Deux ? Le Deux est cette relation d’altérité si particulière (différente du "nous") née de l’amour de deux êtres qui confère au Deux un exister-ensemble (sorte de Dasein-Deux). Le Deux se fait par l’union de deux étants, et par cette union il devient un être-Deux, à la fois essence et existence en tant que matrice même de la vie à advenir. C’est le propos de ce livre qui tente de fonder le Deux comme une essence et l’être-Deux comme une existence. L’être-Deux se vit hors de la catégorie du cogito, comme énaction puis déploiement de l’union dans une praxis de la jouissance dans la chair du monde. L’étant-Deux est un ressenti du Deux. Le Deux n’a pas de conscience propre, c’est au contraire pour les étants-Un un dépassement transcendantal de soi, dans l’ex-tase. Ainsi jouissance signifie jouissance de l’union par les corps à la fois par l’acte d’amour comme dans la contemplation de l’autre et du monde à deux dans son frémissement même (ce sont les résonances du Deux). L’accès à cette union se fait par la perception des corps (Merleau-Ponty) et la présence de la Nudité de l’autre (Levinas) vécue comme être-éros, dans une donation réciproque. 

Ricoeur insiste sur le côté dissymétrique de la relation d’altérité puisque les places de l’un et l’autre ne sont pas interchangeables. Ce qui est donc le Même dans le Deux est le ressenti électif (c’est-à-dire non universel) de l’être-pour l’autre.





Couleur désir

Dans le cartable de la vie, un tout petit crayon. Un crayon pour dessiner tes yeux et écrire des histoires d’amour. Dans la montagne, le soleil au matin s’écrivait dans nos mains ouvertes aux regards passionnés. Le cahier s’ouvrait à la page des je t’aime coloriés en vert. Vert-rosée humide et fraîche. La coupe de tes lèvres aux écoliers criant gaiement, tes bras m’entourant. Plus loin, un banc à la lisière de notre impatience. Cymbales silencieuses sur le chemin de terre, en longs rubans dans le ciel lointain. Effilochés comme des draps dans le firmament, là où précisément commence l’amour dans l’entrebâillement des rêves. L’entrebâillement ? Un crayon pour dessiner ta bouche. Un autre pour dessiner ton dos qui se cambre. Couleur paix, couleur tension, couleur vibration profonde puis couleur tendre. Du vert et du rose, du bleu électrique et du mauve. Tes jambes me frôlent et s’étirent, deux serpents qui m’enlacent et me charment et dessinent des entrelacs dans l’intensité du désir. Un crayon pour dessiner je t’aime sur ton visage qui s’attise de rouge. Qui passion, qui écartèlement, qui vibraphone tout en haut du clavier des accords. Résonance profonde plusieurs fois renouvelée dessinée à l’aplomb de nos sourires inscrits sur le cahier. Le cahier du matin dans le cartable de la vie. Le cartable que j’emporte avec moi dans les bagages de la vie. Couleur indélébile.


Couleur plaisir

Qui a écrit sur le cahier des rêves ? Avec un rayon de transparence. Dans l’abandon et le partage extrême. Sur le cristal qui vibre et ne retient que le cri de l’hermine. Celle qui court sur nos ventres et que l’on ne peut saisir tant sa course est subtile. Sur le verre profond qui joue une double symphonie à la voix là-bas qui murmure et fredonne de sensualité ocre. La couleur du temps incolore, à jamais pure. La présence fulgurante du frisson, un éclair de feu et la couleur se répand comme si l’on pressait le tube des passions. Ouvert et offert qui inonde le tableau aux fleurs vertes. Couleur plaisir.


Le cheminement du Deux passe par l'amour. Ce chemin a ses propres ornières, ses propres clairières et ses propres échappées...


L’herbe sèche est brûlée de soleil
La terre se sait plus où s’abriter, où se cacher
C’est un vent chaud, étouffant qui me parcourt
Mes pas craquent sur le sable cramoisi
Mon corps ne se désaltère plus de toi
Je suis desséché, je suis un cœur battant
Je cherche ton soleil, je cherche ta flamme
Ton amour-passion, l’incendie
Qui allume les brandes et court sur les dunes
Que la mer ne peut éteindre
Que tes lèvres d’eau ne peuvent apaiser
Que ta voix appelle
Et qui se creuse dans un sillon incandescent.
La flamme craque et hurle
Les branches calcinées tombent
Ma tête brûle. Tu es derrière ce rideau de feu
Et je ne peux t’atteindre.
Mon amour est aux confins de l’incendie
Dans le halo de l’indicible
Il est de ceux qui s'alimentent de lui-même et que je vis dans tes yeux.
Je marche sur la dune, dans le sable blond
mes pieds nus foulent la terre
c'est le désert
je prends du sable dans la main
le ciel est sans oiseau
une piste mouvante sous la chaleur
le pas alangui, la paix intérieure
totale vacuité de l'instant
dans ce désert où l'horizon se déplace et tremble
rose des sables de mon corps
le ciel et la terre qui dansent unis.
Mais qu’importent l’espace et le temps après tout
Seul ton amour m’habite et mon corps est trop petit…



Où est la nostalgie du temps ?
Elle est dans les paumes de ta main
Dans les plissures de ton sourire
Elle est là-bas dans la chaleur des villes du sud
Dans la danse enturbannée et les tambourins
Où les oiseaux tournoyaient
Pour écrire cette page éternelle.


C’est maintenant que ma vie s’enrichit
Au rythme lent des caravanes
Au pas nonchalant de la patience
Lentement sur les routes du désert
Où je sais trouver les points d’eau
Les puits de ton corps où je m’abreuve
Et où coule le long filet de ta vie que tu répands
Jarre de terre et de feu qui m’inonde.


Oh ta présence au glaive du temps
La musique lente à l’alcool des jours
Tu reviens avec la régularité de l’amour
Qui bat au rythme lent des cithares
Dans la clameur de l’été.
Régulièrement comme une horloge
Qui te prendrait la taille, fidèle et douce.
La vague, au soleil plein.


Ce rayon de soleil
Sur les murs qui font mal de blancheur
De pureté et d’eau claire.
Comme ton amour
Comme la cigale d’été qui jamais ne s’arrête.


Ce n’est pas envisageable d’oublier ces instants
De pure accordance de nos âmes et de nos corps
Car aucun autre instrument ne peut les chanter
Que la terre toute entière.


Recueillement et sensualité qui s’emmêlent
Toi et moi, les regard, les mains, les doigts
Les irisations de nos pensées
Et le reflet du lac devant lequel nous ne sommes pas


Avec la force de la vague et du vent
Mon amour vogue vers toi, Iseult
Voile blanche et éclatante.


Le pain de ma vie
Cuit au feu du temps
Dans le village là-bas aux confins du sud.
Aux confins des déserts où je t’ai rencontrée
Portée par le vent chaud
Et le chant des caravaniers
Inattendue dans une rayure du temps.
Et pourtant c’est cet instant qui depuis fonde ma vie
Qui m’a réveillé comme un serpent endormi
Après les rigueurs de l’hiver
Et qui me pousse dans la ronde des jours
Où je danse sous ton regard amoureux.
Envoûtement, sensualité, envoûtement
Dans la présence totale de la plaine
Où claquent les voiles bleues.


Et si c’était l’éternité qui venait frapper à notre porte ?
Car il s’agit de bien autre chose
Que de quelques mots griffonnés à la hâte dans le train de la vie
Qui jamais ne s’arrête ni ne se penche à la fenêtre
Pour regarder l’amour.
Pourtant cet amour est bien là au bord du quai
Il suffit de l’appeler et de le prendre
Et de lui dire qu’on l’aime.


Au vent du silence
Au vent de la mort
Font place les clameurs de l’été
Et les métros qui passent dans le désert
Remplis de mots d’amour à l’amour
Qu’il suffit de lire à haute voix.

A toi cristal et lampe magique
A toi l’heure de l’amour
Dans la transparence

Qui éclot dans l’œuf du temps et des paroles
Paroles d’amour qui restent et que je te donne en cadeau
Dans un papier d’Arménie que je brûle dans un sourire.
Aux mélodies amies.


L’amour libre n’a pas de liens
Il s’envole comme un oiseau lyre
Dans le monde des rêves et de la beauté lue.


A travers ton amour je chante tous les amours
L’amour du matin quand tu t’éveilles
L’amour qui nous amena près du Belvédère
L’amour qui nous défie du temps
L’amour qui nous donne l’amour
L’amour qui nous donne l’envie de faire l’amour.
Je célèbre l’amour
Car jamais il ne reprend ce qu’il a donné.


Je t’offrirai cette seconde d’éternité
Dans une boîte d’argent
A la lune blanche
Et tu l’ouvriras
Et tu verras une minuscule perle transparente
Que toi seule apercevras et qui s’appelle Amour.


Dans le carrosse du temps qui passe
Tu resteras habillée d’amour
Car la photo maintenant reste prise pour l’éternité.

Tipaza


Gelstat



Phénoménologie de la forme



L’horizon est au lointain, sans forme
Ou plutôt non
Une ligne entre ciel et mer
D’où peut surgir toute forme
Un bateau, un voilier, un cargo
Comme une chrysalide
Qui change de forme et d’aspect
Au fur et à mesure où elle apparaît
S’approche disparaît
Se déforme se transforme
Chimère qui flotte sur la mer intérieure.

La forme existe par son apparaître
elle est aperception.




La forme et le fond

« J'ai rendez-vous avec Pierre à quatre heures. J'arrive en retard d'un quart d'heure : Pierre est toujours exact ; m'aura-t-il attendu ? Je regarde la salle, les consommateurs, et je dis : "Il n'est pas là." (...) "J'ai tout de suite vu qu'il n'était pas là"... Il est certain que le café, par soi-même, avec ses consommateurs, ses tables, ses banquettes, ses glaces, sa lumière, son atmosphère enfumée, et les bruits de voix, de soucoupes heurtées, de pas qui le remplissent, est un plein d'être. Et toutes les intuitions de détail que je puis avoir sont remplies par ces odeurs, ces sons, ces couleurs... Mais il faut observer que, dans la perception, il y a toujours constitution d'une forme sur un fond. Aucun objet, aucun groupe d'objets n'est spécialement désigné pour s'organiser en fond ou en forme : tout dépend de la direction de mon attention. Lorsque j'entre dans le café, pour y chercher Pierre, il se fait une organisation synthétique de tous les objets du café en fond sur quoi Pierre est donné comme devant paraître... Chaque élément de la pièce, personne, table, chaise, tente de s'isoler, de s'enlever sur le fond constitué par la totalité des autres objets et retombe dans l'indifférenciation de ce fond, il se dilue dans ce fond. Car le fond est ce qui n'est vu que par surcroît, ce qui est l'objet d'une attention purement marginale. (...) Je suis témoin de l'évanouissement successif de tous les objets que je regarde, en particulier des visages, qui me retiennent un instant ("Si c'était Pierre ?") et qui se décomposent aussi précisément parce qu'ils "ne sont pas" le visage de Pierre. Si, toutefois, je découvrais enfin Pierre, mon intuition serait remplie par un élément solide, je serais soudain fasciné par son visage et tout le café s'organiserait autour de lui, en présence discrète » Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant.

L’existence est une forme de vie sur fond de rêve
Tchouang Tseu est un papillon détaché de son décor de fleurs
Qui reflète dans l’indistinct ses ailes dans les pétales
Ailes et pétales sont réciprocité
Ainsi que conscience et rêverie inconsciente
Ou conscience et incarnation de cette conscience



Pour le sujet, passivité et activité, incarnation et conscience ne sont que les moments abstraits d’un procès par lequel la conscience accède à elle-même : le corps, c’est la conscience saisie du point de vue de sa genèse et la conscience le corps saisi du point de vue de sa vérité

Formes géométriques

Lignes et courbes :

Trajectoires dans l’espace
Regard vers les étoiles qui offrent des figures organisées
Ellipses, spirales, constellations
Voire même des animaux imaginaires...
Et les courbes d’un corps auxquelles se mêle le désir.

Les courbes de la vague ou d’un dessin dans sa dynamique
Sans lever le crayon…
Courbe qui se ferme et s’’enveloppe
Et enlace une forme qui se crée.

Être soi-même une forme courbe qui se déploie dans l’espace
Peut-être une équation qui n’a pas de solution.

La courbe est pure dynamique dans l’espace-temps..

Fractale (figure de Mandelbrot) :

Les fractales sont le résultat minutieux d’opérations mathématiques infinies, souvent obtenues dans le plan des nombres complexes. Ces opérations sont simples et produisent des formes complexes. Elles sont processus et procédure (algorithmique).



La forme est processus.

Plan, volume :


Dans le plan les formes sont des taches, des traces
Elles coulent, se déforment, avancent
Ou simplement sont des ombres errantes.

Les volumes sont des formes que l’on ne peut percevoir qu’en tournant autour d’elles
Le regard ne peut les embrasser d’un point fixe
Elles ne sont jamais réductibles à des images
Les statues se dérobent et ont toujours une face cachée
Les statues ne sont que dans le mouvement et la caresse des yeux

Formes poétiques


Le sonnet, Le rondeau, La ballade, L’élégie, L'épître, L’ode, L’hymne, Les stances
Ou tout simplement le vers libre, libre de forme
Libre d’aller où il veut, de se balader en épître sonnant
De se conduire en élégie bien élevée
Ou de calligraphier la vie.




Formes structurées

« Ce qu’il y a de profond dans la Gestalt, ce n’est pas l’idée de signification, mais celle de structure, la jonction d’une idée et d’une existence indiscernables, l’arrangement contingent par lequel les matériaux se mettent devant nous à avoir un sens, l’intelligibilité à l’état naissant. » Maurice Merleau-Ponty, La structure du comportement (1942).

La loi de la bonne forme : loi principale dont les autres découlent ; un ensemble de parties informe (comme des groupements aléatoires de points) tend à être perçu d'abord (automatiquement) comme une forme, cette forme se veut simple, symétrique, stable, en somme une “bonne forme”.

La loi de continuité : des points rapprochés tendent à représenter des formes lorsqu'ils sont perçus, nous les percevons d'abord dans une continuité, comme des prolongements les uns par rapport aux autres, cette loi est dite aussi loi de clôture pour les formes fermées.

La loi de la proximité : nous regroupons les points d'abord les plus proches les uns des autres.

La loi de similitude : si la distance ne permet pas de regrouper les points, nous nous attacherons ensuite à repérer les plus similaires entre eux pour percevoir une forme.

La loi de destin commun : des parties en mouvement ayant la même trajectoire sont perçues comme faisant partie de la même forme.

La loi de familiarité : on perçoit les formes les plus familières et les plus significatives d’abord.

La loi d’affordance : L’affordance, néologisme proposé par le psychologue américain James Jerome Gibson (to afford = offrir), traduit fidèlement cette faculté de l’homme, et de l’animal en général, à guider ses comportements en percevant ce que l’environnement lui offre en termes de potentialités d’actions. L’émergence de la perception de l’affordance, l’émergence du couplage entre la perception et l’action, provient de l’expérience c’est-à-dire de l’exploration de l’environnement. Pour Stoffregen, les affordances sont des propriétés du système perception-environnement. Ce sont des opportunités pour l’action, propriétés du système animal-environnement qui détermine ce qui peut être fait. Pour d’autres comme Turvey l’affordance est seulement une propriété des objets dans leur environnement. Pour Gibson créateur du terme il s’agit d’une approche écologique de la perception visuelle : un phénomène est perçu d’abord en fonction de son utilité puis ensuite en fonction de ses caractéristiques physiques s’il s’agit d’un possible outil.

Les lois de transformation : anamorphose, métamorphose. Toute forme se prête à des transformations.
Pour Edgar Morin la pensée complexe est à la fois holiste et réductionniste : « (…) Il ne s'agit pas d'opposer un holisme global en creux au réductionnisme systématique ; il s'agit de rattacher le concret des parties à la totalité. Il faut articuler les principes d'ordre et de désordre, de séparation et de jonction, d'autonomie et de dépendance, qui sont en interaction (complémentaires, concurrents et antagonistes) au sein de l'univers. En somme, la pensée complexe n'est pas le contraire de la pensée simplifiante, elle intègre celle-ci ; comme dirait Hegel, elle opère l'union de la simplicité et de la complexité, et même, dans le métasystème qu'elle constitue, elle fait apparaître sa propre simplicité. Le paradigme de complexité peut être énoncé non moins simplement que celui de simplification : ce dernier impose de disjoindre et de réduire ; le paradigme de complexité enjoint de relier tout en distinguant. »

L’informe

« l’informe consiste à déclasser, au double sens de rabaisser, de mettre du désordre dans toute taxinomie, pour annuler les oppositions sur quoi se fonde la pensée logique et catégorielle. » Georges Bataille, revue Documents n°7
La flèche du temps porte l’informe vers la forme ; tous les états de la transparence sont comme la manifestation de cette forme qui émerge, qui cherche à apparaître pour disparaître. Un état du temps, un état de la forme qui s’informe dans une matière selon un cycle temporel que le verre rend tangible en le figeant. Le verre, matériau à la fois liquide et solide, piège l’éphémère et donne à voir cette fluidité qu’évoque Starobinski : “Quant au verre ou aux pierres transparentes, leur solidité ne contredit pas leur fluidité: la transparence solide est une fluidité immobilisée, la substance en fusion s’est prise en une masse dure.”

Le sable ce matériau informe
court dans le désert
se heurte aux dunes
se dépose sur un tableau
il s’accumule mais pas tout-à-fait au hasard
il s’écrit à l’envers sur une plage
il trouve sa texture dans la pierre

L’indifférencié

La perception est acquise, apprise
On attend la forme avant de la percevoir
mouvement de catégorisation, tentative de compréhension

Avant la forme n’est pas l’informe
mais l’indifférencié

Jaillissement de l’élan primordial

Fulgurance d’avant la forme
secret de l’âme du monde : la non-séparation

Formes floues, formes éphémères

Brumes, fumées
Les brumes et les fumées sont en perpétuel mouvement
Ce sont des formes sans forme
Bars enfumés, gares
Fumées lourdes des usines
Ou fumée légère du narguilé


Abstractions

Les abstractions naissent dans les brumes et les fumées
Elles n’ont pas de forme propre et représentent l’in-forme
L’in-forme qui se forme et se déforme, en deçà même de la forme
In-forme : avant l’émergence de la forme, immanence de la forme dans la forme,
L’in-forme n’est pas la non-forme mais une invitation à la saisie perceptive, invitation à une représentation, dans l’ouvert de l’in-déterminé.
Fantômes insaisissables dans leur aperception même.
Où l’esprit se perd dans sa propre imagination

Rubans
Ils ne sont pas in-formes comme la fumée mais n’ont pas de forme stable
Ce sont plutôt des ondes qui flottent au vent
Ou plutôt les formes mêmes du vent

Volutes
Schéma abstrait, forme immatérielle qui s’enroule sur elle-même
Les volutes sont pourtant des “bonnes formes”
Volutes de fumée de cigarette
… le soir penché au bord du fleuve qui suit son courant
en faisant des tourbillons qui emportent les pensées.


C’est une fine lame à couper les cigares
Qui couperait même le temps dans le sens des fumerolles
Larges brouillards qui s’épaississent de vents de sable
Dunes en mouvance et en transhumance
Dans la main qui se recroqueville de cendre.
La terre vit, la terre porte, la terre creuse son sillon
Comme une mélodie de tentures de caravanes aux plis du temps
Dans le sens de la trame, la paix du soir
Dans le sens du fil, la sollicitation de l’aube.

Au-delà, rien, l’attente éparse qui fait un rayon de lumière dans le désert.

Formes étranges


Formes doubles, Formes ambigües, Illusions visuelles
Est-ce notre esprit qui se heurte aux formes étranges ?
Ou les formes étranges veulent-elles nous dérouter ?




Illusions visuelles




Chaos, attracteurs étranges


Certains systèmes, dits chaotiques, ont un comportement étrange :
  • Une sorte d'attraction vers un point particulier ou une figure géométrique appelé attracteur.
  • Une sorte d'errance au hasard, sans passer deux fois au même endroit, mais sans quitter la figure d'attraction. L’attracteur de Lorentz modélise le climat.

Un comportement est chaotique si des trajectoires issues de points, aussi voisins que l’on veut dans l’espace des phases, s’éloignent les unes des autres au cours du temps de manière exponentielle ; la distance entre deux points quelconques appartenant à de telles trajectoires croît proportionnellement à une fonction exponentielle de l’inverse du temps Lyapunov. Le temps Lyapunov permet de définir une véritable « échelle de temps » pour les phénomènes chaotiques. Dans la physique moderne, explorant principalement des « conditions très déséquilibrées » et des systèmes chaotiques, le « temps Lyapunov » désigne une période où un certain processus (physique, mécanique, quantique, ou même biologique) se développe au-delà des limites de prévisibilité précise (ou probable) et entre dans un mode chaotique. En d’autres mots, la trajectoire du processus est subordonnée à des lois strictes seulement jusqu’à un certain moment. Au-delà de ce moment, le temps « normal » se termine et le « temps Lyapunov » paradoxal (ou plus précisément, le « temps Lyapunov positif ») le remplace. Les caractéristiques de ce « temps » sont très curieuses. A la différence du temps physico-mécanique habituel, qui est considéré dans la physique classique comme une quantité essentiellement réversible (cela signifie que le temps n’est rien d’autre qu’un axe statique, ajoutant une quatrième dimension à l’espace tridimensionnel), le « temps Lyapunov » s’écoule irréversiblement, dans une seule direction, et par conséquent, ne consiste pas en une trajectoire définie une fois pour toutes (dans l’espace quadridimensionnel), mais en « événements », en mouvements complètement imprévisibles, qui sont arbitraires, accidentels, irréguliers. Les processus qui surviennent durant le « temps Lyapunov » sont qualifiés de chaotiques par contraste avec les processus de la mécanique classique.


Le port

Un port, une voile ouverte
Un rire qui flotte sur la ville
Des canaux où nagent des lentilles d’eau
Le vent-passion qui démâte
La barque tangage à l’amble
Ramante, aimante, amante
Libellules qui voilent ouvertes
Se posent sur nos lèvres au rire de la ville
Au feu de Saint-Elme qui irrigue mon âme aimante
Et le mariage de la mer et du vent
A la porte du port et de la terre
Ton corps atmosphérique
Ses canaux où nagent tes désirs
Qui se démêlent au vent-passion dans la barque de la vie
Tangage de l’ombre et du soleil
Lèvres ouvertes comme un port sur la mer
A la ville minérale et ses canaux où tu n’es pas
Mais que le vent du large m’apporte
Aimante, amante, calmante.


Formes sonores

Voix, cri, mélodies
Les voix se mélangent jusqu’au cri
Et s’envolent sous forme de mélodies
Elles emplissent l’espace
Transportent des vibrations
S’unissent dans l’invisible
Et entrent en résonance dans le corps
Car étrangement, la mélodie est un fil de forme dans une masse sonore.

Ci-dessous : formes d’onde : parole ? Musique ? Seule l’oreille le sait.



Le son est créateur de formes.

“La musique créatrice de l'univers. De nombreux mythes anciens décrivent le processus de création du monde comme une mise en forme progressive et une solidification d'un monde originel oscillant, sonore et océanique. La forme est un son coagulé, le corps est un corps de résonance.” Images sonores d’eau, Alexander Lauterwasser.






Les gouttes d’eau clapotent en ondes circulaires, ainsi le son prend forme sur le tambour du lac.

Le son est une forme sans enveloppe matérielle.

Si l’on en croit la légende, pour répondre à la critique de Claude Debussy sur son absence d’intérêt pour la forme (« La forme, Satie, la forme ! » lui aurait-il dit), Eric Satie avait intitulé sa dernière composition « Trois morceaux en forme de poire ». En musique, la forme se confond avec la substance, une fois que l’on s’en est libéré, car la forme n’est somme toute qu’une structure purement conventionnelle. La musique n’a pas de forme en soi.

Ecouter le silence comme un son
“Chaque son est musique en soi.” John Cage
“Le silence est comme l’ébauche de mille métamorphoses.” Yves Bonnefoy, Métamorphose
Le mouvement produit des métamorphoses
“Le ciel s'éclaircissait vers l'Est par métamorphoses insensibles” Maurice Genevoix, Raboliot
Mais aussi la poésie
“La poésie métamorphose le monde. L'artiste métamorphose tout en or” Jean Cocteau, Potomak
“Tous les poètes d'Orient et d'Occident ont métamorphosé le corps de la femme en fleurs, en fruits, en oiseaux” Simone de Beauvoir, Deuxième sexe

Conclusion : qu’est-ce qu’une forme ?

“La Forme est finalement la nervure commune de l’existence et de l’essence, ce qui relie les uns aux autres des points spatiaux et temporels sans transcender pour autant l’espace et le temps et qui, ainsi, rend possible à la fois les localisations ponctuelles et les unités idéales (ce que Merleau-Ponty nomme « rayon du monde »)” Renaud Barbaras. Les Études philosophiques 2001/2 (n° 57).




Intentionnalité


Intentionnalité 

sens phénoménologique, analytique et énactif


Contexte

La notion d'intentionnalité caractérise, en philosophie analytique comme en phénoménologie, une spécificité attribuée à l'esprit et à la conscience, celle d'être à propos de quelque chose, de porter sur ce qui lui est extérieur. Dans son sens philosophique, cette notion ne doit donc pas être confondue avec son usage courant, lié à l'idée de volonté pour l’action (« j’ai l’intention de venir demain » exprimée ou non par le langage) ou à l’idée de communiquer (intention informative et/ou intention communicative, celle d’un auteur par exemple). 

Dans ce sens philosophique, avoir conscience de façon "intentionnelle" signifie avoir conscience de quelque chose qui diffère de la conscience même que nous en avons. Ce trait distinguerait fondamentalement l'esprit des objets physiques dont l'identité n'inclut pas autre chose qu'eux-mêmes. 

Trouvant son origine dans la scolastique médiévale, c'est avec Franz Brentano, à la fin du 19ème siècle, que le concept d'intentionnalité devient un concept central de la philosophie. Brentano est le premier penseur moderne à voir dans l'intentionnalité un trait caractéristique de l'esprit, « la marque du mental » : tout état psychique est intentionnel, c'est-à-dire qu'il contient quelque chose à titre d'objet, bien que ce soit d'une manière différente en fonction du type d'état concerné. Ainsi entendue, l'intentionnalité permet d'établir un critère de démarcation logique entre les états psychiques d'une part et les états physiques de l'autre. Cette idée sera reprise ensuite aussi bien par le mouvement phénoménologique que par le courant analytique

Dans sa Psychologie de 1874, Brentano déclarait :
« Ce qui caractérise tout phénomène psychique, c’est ce que les Scolastiques du moyen âge ont appelé l’inexistence intentionnelle [intentionale inexistenz] (ou encore mentale) et ce que nous pourrions appeler nous-mêmes – en usant d’expressions qui n’excluent pas toute équivoque verbale – rapport à un contenu, direction vers un objet (sans qu’il faille entendre par là une réalité) ou objectivité immanente. Tout phénomène psychique contient en soi quelque chose à titre d’objet, mais chacun le contient à sa façon. Dans la représentation, c’est quelque chose qui est représenté, dans le jugement quelque chose qui est admis ou rejeté, dans l’amour quelque chose qui est aimé, dans la haine quelque chose qui est haï, dans le désir quelque chose qui est désiré, et ainsi de suite. »

Position du problème 

Partons des exemples suivants, construits sur des verbes "psychiques" : imaginer, penser, voir, savoir

 

Jo imagine un martien
Jo pense que la planète Mars est habitée
Jo voit un pommier en fleurs dans le jardin
Jo sait que la Terre tourne

 




Tous illustrent une relation intentionnelle de forme sRa, où 's' est un sujet et où 'a' peut être un objet 'x' ou une proposition 'p' ou tout simplement un objet intentionnel 'i', un objet de pensée. Ces quatre exemples sont donc respectivement de la forme :
  • Jo imagine x (x un objet quelconque qui existe ou non réellement ou simplement intentionnel)
  • Jo croit que p (p une proposition non nécessairement vraie)
  • Jo voit x
  • Jo sait que p
De façon formelle cette relation s'écrit R(s,x) ou R(s,p).

Sens phénoménologique

La phénoménologie d'Edmund Husserl est une analyse entièrement consacrée à la conscience prise comme processus de pensée avec toute sa richesse et sa diversité, et se veut la plus scientifique possible. La méthode phénoménologique est une méthode sélective, un véritable montage de filtres en série (que Husserl appelle « réductions »), et le filtrat qu’il s’agit d’obtenir au moyen de ces filtres est le produit ultime qui seul donne sa pleine finalité à la totalité du processus, et qui s’appelle le noème, c'est une sorte de noyau théorique ou abstraction ultime.
  1. La première étape de cet enchaînement est l’épochè proprement phénoménologique, aménagement husserlien du doute cartésien. Appliquée à l’acte de conscience, elle est décrite comme une « mise entre parenthèses » ou mise « hors-jeu » de son objet. Ici, l’objet de conscience est x ou p qui se trouve donc mis hors-jeu par l’épochè. On obtient R(s,.)
  2. La seconde étape est la réduction transcendantale. Ce qui est mis hors-jeu est cette fois ci le sujet conscient lui-même, l’ego du cogito cartésien et dans les exemples c’est Jo qui ne doit pas être considéré comme sujet mais comme cogito pur. Lorsque le sujet, comme l’objet, a été mis entre parenthèses, il semblerait d’un point de vue cartésien qu’il ne reste plus rien. Mais, c’est qu’en réalité il reste toujours un monde. Dans l’exemple de l’imagination (s imagine x), si nous supprimons par la pensée l’objet imaginaire (qui de toute façon n’existe pas réellement) et le sujet imaginant, il reste l’acte d’imagination qui produit le monde des images. Cet acte est R(.,.).
  3. La troisième et dernière des réductions de la méthode phénoménologique est la réduction eidétique. Parmi les contenus des consciences, elle va mettre entre parenthèses les contenus réels pour ne retenir que les contenus idéaux. Elle va donc sélectionner le Noème de la relation R autrement dit ce qui en constitue l’essence. Pour nos 4 exemples nous aboutirons à l’essence des phénomènes imaginer, croire que, voir et savoir que, en tant qu'eux-mêmes, indépendamment de tout sujet (cogito) et de tout objet, c'est-à-dire à un sens abstrait de R.
Pour Husserl, l’intentionnalité devient ainsi un « vécu », « une réalité psychique », elle est à comprendre, à la fois comme visée et saisie (direction, fléchage, focalisation) et in fine « comme une donation » de sens.

Pour éviter tout danger de retour au dualisme sujet/objet, par le cogito (ou la conscience), Martin Heidegger privilégie, le terme de « existential » (manière d'être de l'être humain, en particulier vis-à-vis des choses) en lieu et place du terme « intentionnalité ». Le comportement ou l'intentionnalité concerne non plus les actes de la conscience mais l'activité humaine en général ; l'intentionnalité n'est plus attribuée à la conscience mais au Dasein. Dans cette vision la connaissance n'est plus considérée comme fondamentale, « la relation est fondée sur une précompréhension de l'être des étants. Cette compréhension de l'être assure la possibilité aux étants de se manifester eux-mêmes en tant qu'étants » écrit Heidegger, pour lequel la façon traditionnelle de rendre compte de l'intentionnalité cacherait un mode d'être plus fondamental.

Cependant l'intentionnalité, dans sa forme traditionnelle, reste le concept clé de la phénoménologie et de l'existentialisme. Jean-Paul Sartre par exemple, s'inspire largement de ce concept, qu'il considère comme étant « l'idée fondamentale de la phénoménologie », et comme « éclatement de l'être au monde ». Mais, comme Maurice Merleau-Ponty, il pose la question de la corporéité à la fois dans la connaissance comme dans l'existence, car on ne peut percevoir, connaître ou exister que par le corps : ce qui remet en question la notion d'ego transcendantal, sorte de penseur sans corps. Il trouve également qu'Heidegger définit l'être à partir d'un étant trop désincarné. Cela le conduit à élaborer une ontologie de la corporéité ou une ontologie de l’existence inter-corporelle et à centrer l'intentionnalité sur le désir ontologique (pris comme inconscient du corps) en insistant sur le fait que la conscience est un mouvement vers le monde. Au premier chef, cela caractérise l’existence humaine, laquelle a besoin des autres, et particulièrement d’un autre concret. On nomme ce besoin le désir. L’homme ou l’existence humaine est essentiellement désir d'être.


En résumé, nous avons trois sens phénoménologiques possibles de l'intentionnalité : la connaissance (par la conscience), l'existence (par le vécu ontologique), le désir (par l'incarnation). Ainsi de ce paysage, je peux : le décrire, l'éprouver en marchant, ou le sentir dans ma chair (on suppose évidemment que ce n'est pas de la photographie dont on parle mais du paysage réel dont l'objet intentionnel est en pensée).


Sens analytique

A ses débuts, la philosophie analytique, se préoccupant essentiellement de la logique et du langage, a tenté de répondre à la question du mode d'être des contenus intentionnels, question soulevée par trois types de problèmes :
  1. le problème de l'existence des contenus intentionnels, ou, dans l'optique de Brentano, celui de l'existence interne des objets intentionnels ;
  2. le problème de l'opacité de la description, posé par le fait qu'on peut référer à un même objet par des descriptions non équivalentes entre elles, comme "le vainqueur de Marengo" et "le premier consul" ;
  3. le problème de l'indétermination des contenus intentionnels.
Pour John Searle, l'intentionnalité ne peut être attribuée au langage qu'en tant qu'elle est dérivée de l'intentionnalité propre à l'esprit des sujets qui ont conscience de ce qu'ils signifient. Il distingue pour cette raison l’intentionnalité originelle ou « intrinsèque » que possèdent les états mentaux d'une personne et l’intentionnalité dérivée que nous attribuons à certains phénomènes qui ne possèdent qu’un « semblant » d’intentionnalité, tels que les expressions linguistiques. L'intentionnalité du langage implique toujours l'intentionnalité consciente du locuteur qui doit se présenter à l'esprit ce qu'il dit. C'est en effet parce que nous sommes conscients que nous pouvons parler intentionnellement, mais l'intentionnalité ne peut dès lors être attribuée au langage qu'en tant qu'elle est dérivée de l'intentionnalité propre à l'esprit des sujets qui ont conscience du sens de ce langage. Une machine qui parle n'a pas d'intention.

Pour Elizabeth Anscombe, l'intentionnalité est une dimension essentielle de l'action, qui est à comprendre de façon rétrospective à partir de la réalisation même de l'action (cette dernière englobant les actes de parole éventuels). Dans un contexte normal, rendre compte des faits et gestes d'une personne permet de rendre compte de ses intentions. Pour déterminer la nature de telles intentions et ce qui caractérise plus spécifiquement l'action intentionnelle, il faut s'interroger sur les raisons ou les motifs qu'un agent A d'agir tel qu'il le fait. L'intentionnalité est ici donc envisagée du point de vue de l'attribution d'intention à un tiers qu'il soit parlant ou agissant. Ce point de vue part historiquement de l'idée, inspirée de Wittgenstein, suivant laquelle seules les interactions sociales nous permettent de distinguer l'intention correcte par le bon usage des règles et des normes, notamment langagières.

Chant d'oiseau : quelle intention ?

Enaction, cognition située


L’énaction (théorie cognitive développée par Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch) propose que la cognition émerge de l’interaction dynamique entre un organisme et son environnement. La connaissance n’est pas une représentation interne, mais le résultat d’une action située, incarnée (embodied en anglais). Elle rejette l’idée d’un esprit comme « miroir du monde » et insiste sur la co-détermination de l’organisme et de son milieu. Comme la phénoménologie, elle valorise l’expérience concrète, le vécu, contre les modèles purement computationnels ou représentationnels de l’esprit qui se réduisent à des représentations internes statiques. Elle ne rejette pas l'intentionnalité mais ne postule rien sur l'existence d'une instance centrale comme la conscience. Ainsi, (a) l’intentionnalité n’est pas une propriété d’un esprit désincarné, mais émerge de l’action située (b) la conscience n’est pas un « spectateur » du monde, mais un acteur engagé. En somme, l’intentionnalité et l’énaction ne sont pas incompatibles a priori, à condition de repenser l’intentionnalité non comme une propriété d’un esprit isolé, mais comme une dimension de l’action incarnée et située. Cela suppose de dépasser une lecture purement représentationnaliste de l’intentionnalité, pour en faire une caractéristique de l’être-au-monde, au sens heideggérien.

Pour Pierre Steiner (La fabrique des pensées, édition du Cerf), l’intentionnalité classique (comme « visée » ou « représentation » du monde) est un présupposé des traditions philosophiques qui conçoivent l’esprit comme un « archer » visant le monde. Or, selon lui, cette métaphore est trompeuse : nos pensées ne « visent » pas le monde, elles y sont inscrites, engagées dans des situations concrètes. Il remet ainsi en cause l’idée d’une intentionnalité comme représentation interne, pour la repenser comme une dimension de l’action située et incarnée, ce qui le rapproche de l’énaction. Steiner développe l’idée que les concepts ne sont pas des représentations, mais des « techniques d’usage de signes », et que la cognition émerge de l’interaction avec l’environnement, sans postuler de contenu mental préexistant. Il propose donc une forme de « minimalisme représentationnel » ou d’adverbialisme (inspiré de Dewey et Wittgenstein), qui permet de dépasser l’opposition entre représentationnalisme et anti-représentationnalisme, et ainsi de rendre compatibles intentionnalité et énaction. 
"A l'idée d'intentionnalité telle quelle est classiquement mobilisée pour décrire et comprendre les pensées, je substitue ici un rapport grammatical entre la pensée et son objet, et une inscription pragmatique de la pensée dans le monde". Pierre Steiner
"L'intentionnalité est un entrelacement qui est essentiel pour qu'il y ait pensée, l'entrelacement entre ce qu'il y a et nos façons de dire et de décrire ce qu'il y a".