C’est par
des interstices que l’on regarde la vie de l’être engagé sur son chemin. Ni
tout-à-fait dans le monde ni tout-à-fait en soi-même.
C'est l'espace de la relation qui définit l'humanité de l'homme dans la mesure où l'humain devient et se construit dans la relation à l'autre à travers cet interstice (Watsuji Tetsurô).
Voici
quelques interstices que la philosophie ne peut pas dire.
Interstices de la parole
La parole est parlante
Son
parler parle pour nous là où il a été parlé (Heidegger)
La parole se déploie
Et s’achemine, elle est chemin
Elle advient comme pensée
La pensée se fait parole, logos.
La parole ne peut se déployer que là où
il a été parlé
Et s’achemine vers le silence.
L’être de la parole est un étant, un
parlant
Etre et temps : étant
Parole et temps : parole parlante.
Quand advient la parole
L’être exprime son être
Se fait être-là, parlé.
Quand advient le silence
La parole parlante
Se condense dans le parler.
Être de terre
c'est être à la fois mémoire et naissance
naitre à ce que
l'on était
mais pas tout à fait le même à chaque fois
mais pas tout à fait le même à chaque fois
naitre ce que
l'on découvre
naitre de
l'oubli retrouvé
inventer ce qui
est inscrit
ré-inventer ce qui est prescrit
ré-inventer ce qui est prescrit
les yeux
écarquillés
ni révéler ni
découvrir
mais être-autre
Mais voilà, les
choses ne sont pas ainsi
ainsi ce sont
ces choses
indicibles
des choses
au-delà des choses
des choses dans
les choses en même temps
chosifiantes
ainsi et tel
qu'il est
ainsi et
toujours
comme quelque
chose
qui hériterait
de la chose
la chose dont
on ne peut parler
mais qui se
fait ainsi
ainsi est un
constat
la chose n'en
est pas
c'est ainsi que
la chose n'est pas.
« Dans le petit jardin, les herbes comme de la fumée gagnent la maison voisine à l'ombre des muriers, un chemin sinueux allongé à lire des poèmes de Tao Yuan-ming, Bien que n'ayant pas encore terminé le recueil, je profite de la pluie fine pour aller biner les courges »
La moindre parcelle du
quotidien cultivée
Dans l'être-là
L’être posé et non jeté
Respire dans le souffle
universel
Dans son propre
déploiement
La volupté ne vise pas autrui mais sa
volupté, elle est volupté de la volupté, amour de l’amour de l’autre. L’amour
ne représente pas un cas particulier de l’amitié. L’amitié va vers autrui,
l’amour cherche ce qui n’a pas la structure de l’étant, mais l’infiniment
futur, ce qui est à engendrer. Je n’aime pleinement que si autrui m’aime, non
pas parce qu’il me faut la reconnaissance d’Autrui mais parce que ma volupté se
réjouit de sa volupté et que dans cette conjoncture non pareille de
l’identification, dans cette trans-substanciation, le même et l’Autre ne se confondent pas mais
précisément – au-delà de tout projet possible – au-delà de tout pouvoir sensé
et intelligent, engendrent l’enfant (le Deux).
L’amour se tient dans un vertige au-dessus
d’une profondeur d’altérité qu’aucune signification n’éclaire plus.
Nous voici devant une catégorie
nouvelle : devant ce qui est derrière les portes de l’être, que l’éros
arrache à sa négativité qu’il profane. Il s’agit d’un néant distinct du néant
de l’angoisse : du néant de l’avenir enseveli dans le secret du moins que
rien.
E. Levinas (Totalité et Infini)
En amour les
non-dits sont assourdissants
Et pourtant les
mots ne peuvent dire l’amour.
La parole
s’exténue à ne pouvoir rien expliquer
L’amour comme
la musique
Ne se dit pas
mais se fait.
« L’amour,
reconnu comme un besoin irrésistible de l’être, ne saurait revêtir que la forme
de la passion, envahissante et totale, et son intrusion dans une vie prend
toujours l’aspect du coup de force »
Marguerite Bonnet [propos sur A.
Breton]
Je
n’aime rien tant
que les frissons de ton corps
que la courbure des instants
que le vent qui t'effleure comme une caresse
que les irisations de ton ventre
que ton regard de désir
que ta bouche qui me frôle
que la vague qui s'échoue
que le sable que je pétris
que le château de sable qui est emporté
par la vague lente
par l'écume bouillonnante
d'où s'échappe un cri.
que les frissons de ton corps
que la courbure des instants
que le vent qui t'effleure comme une caresse
que les irisations de ton ventre
que ton regard de désir
que ta bouche qui me frôle
que la vague qui s'échoue
que le sable que je pétris
que le château de sable qui est emporté
par la vague lente
par l'écume bouillonnante
d'où s'échappe un cri.
…barque en
partance dans la nuit
il se pose sur le bastingage
pour flotter sur la mer.
Flotter comme une écharpe abandonnée
dont tu serais revêtue
une écharpe de soie transparente
une écharpe qui ne cacherait pas ta nudité
dans la nuit et le port éclairé.
Oiseau qui chante, oiseau qui siffle
à la résonance du mât qui se courbe
et ploie sous les alizés.
Provision d'huile et de fruits
de produits exotiques et de liqueurs.
Il ne reste que l'ancre à extirper de l'eau
à remonter sur le pont
déjà les planches gémissent et se plient
déjà les premières caresses du large
et le bateau glisse sans amarres.
De désir, d'impatience et d'espoir
l'oiseau s'enveloppe dans l'écharpe blanche
pour s'accrocher au voyage des sens.
il se pose sur le bastingage
pour flotter sur la mer.
Flotter comme une écharpe abandonnée
dont tu serais revêtue
une écharpe de soie transparente
une écharpe qui ne cacherait pas ta nudité
dans la nuit et le port éclairé.
Oiseau qui chante, oiseau qui siffle
à la résonance du mât qui se courbe
et ploie sous les alizés.
Provision d'huile et de fruits
de produits exotiques et de liqueurs.
Il ne reste que l'ancre à extirper de l'eau
à remonter sur le pont
déjà les planches gémissent et se plient
déjà les premières caresses du large
et le bateau glisse sans amarres.
De désir, d'impatience et d'espoir
l'oiseau s'enveloppe dans l'écharpe blanche
pour s'accrocher au voyage des sens.
Le vent, les
embruns nous cinglent le visage
on joue avec les vagues, tu me fais chavirer
les éléments sont déchaînés. Liquides de toute part
le temps s'allonge le temps n'est plus
c'est l'espace maintenant notre seule dimension
et l'espace devient liquide et bleu
on joue avec les vagues, tu me fais chavirer
les éléments sont déchaînés. Liquides de toute part
le temps s'allonge le temps n'est plus
c'est l'espace maintenant notre seule dimension
et l'espace devient liquide et bleu
C’était
en automne
Route
longue
Chemin
qui monte
Soleil
atone.
Silence
rauque.
Je
prends une pomme
Dans
les vendanges de l’amour
Au
clair du jour
A
toi toujours.
J’écoute
la pluie qui tombe
Et
ton cœur qui ronronne
Tes
lèvres qui fredonnent
Des
paroles et des contes
Pour
l’hiver qui toque
A
la porte des songes.
Dans les broussailles du temps
le vent disperse les pétales de lotus
feuille après feuille
l'abeille dépose son absence
Sur le fleuve, les barques amarrées
craquent dans les joncs
le temps est remplacé petit à petit par l'espace.
le vent disperse les pétales de lotus
feuille après feuille
l'abeille dépose son absence
Sur le fleuve, les barques amarrées
craquent dans les joncs
le temps est remplacé petit à petit par l'espace.
Sanguine, sanguine. Mélangée de vin. De
figue noire. Je ne suis que chemin qui coule dans ta main. Chemins en moi tous
également possibles le long desquels je cueille des fruits sauvages. Qui
n’appartiennent à personne même pas à moi. Des orangers, des vignes, des
figuiers. Grappes, pulpes, pépins. Route de soleil. A la tombée du jour, rêves
en transhumance – tes rêves. Dans un décor de vent, vignes ébouriffées, les
oiseaux sur la ville rouge. Sur les murailles. Mais tu me tends la main, tu me
donnes un grain de raisin rond et juteux. Dans des lits verts irrigués de
fleuves impatients. Intarissables instants s’écorchant sur une harpe absente.
Je joue de tes accords tandis que les abeilles fredonnent et bourdonnent. Boire
dans un verre de cristal le rire de la ville. Dans cette chambre blanche,
totalement blanche. Où tu es nue, orange luisant au soleil, les seins lourds.
Tu es dans le soleil pur qui dégouline d’alcool et imprègne les murs – la vie.
Je suis ivre de toi. La route est donc unique contrairement à tous ses
possibles. Jardin d’orangers dans ta main serrée dans la mienne. Rangs de
vigne. Figues mûres. Se mélangeant à l’odeur de réséda. Route encore vers le
Sud dans la clarté du jour. Vers la mer sillonnée de voiles qui ne demandent
qu’à se défaire pour découvrir l’autre bord de la Terre. Car là-bas sont
d’autres chemins arides, des déserts où tu serais comme dans la chambre
blanche : seule et unique. Dans un décor volcanique. Mais pour l’heure, la
terre est sanguine à la lune ronde. Je ferme les yeux, je dors dans tes bras
dans la nuit lente. Corbeille de fruits dans la soie de tes jambes. Calanque
amarrée.
Interstice d’absence
Interstice du temps
Marque-page dans l’interstice du temps de l’amour
7h du matin que fais-tu ?
Tu fais un rêve
tu as une ombrelle blanche
nous sommes en 1925
c'est le printemps
tu es vêtue de blanc avec un chapeau en dentelle
tu regardes la mer
tu regardes le vent
tu regardes la mer
l'horizon qui se dérobe
et qui est blanc comme ta robe.
Tu attends peut-être ce paquebot
quelque trace noire de fumées
qui viendraient troubler la blancheur de l'horizon ?
Mais non il faut attendre encore
refermer l'ombrelle
et ce chapeau qui le décore.
Tu fais un rêve
tu as une ombrelle blanche
nous sommes en 1925
c'est le printemps
tu es vêtue de blanc avec un chapeau en dentelle
tu regardes la mer
tu regardes le vent
tu regardes la mer
l'horizon qui se dérobe
et qui est blanc comme ta robe.
Tu attends peut-être ce paquebot
quelque trace noire de fumées
qui viendraient troubler la blancheur de l'horizon ?
Mais non il faut attendre encore
refermer l'ombrelle
et ce chapeau qui le décore.
Il
y aura l'attente incommensurable
sous la falaise blanche
le cri retenu de l'arbre étonné
il y aura l'étendue ondoyante
il y aura les irisations des primevères
toutes ensemble inclinées
toutes ensemble mouvantes
il y aura le cri de la martre
le frètement des insectes
et le bourdonnement des libellules
Le ciel sera pur, d'attente bleue
il y aura la nudité de l'entour
il y aura les pointes de tes seins dressés
il y aura ta bouche entrouverte de silence retenu
il y aura tes yeux de désirance
dans cette minuscule ouverture du temps.
Puis le temps se figera
dans l'incroyable résonance de la vague
sous la falaise blanche
le cri retenu de l'arbre étonné
il y aura l'étendue ondoyante
il y aura les irisations des primevères
toutes ensemble inclinées
toutes ensemble mouvantes
il y aura le cri de la martre
le frètement des insectes
et le bourdonnement des libellules
Le ciel sera pur, d'attente bleue
il y aura la nudité de l'entour
il y aura les pointes de tes seins dressés
il y aura ta bouche entrouverte de silence retenu
il y aura tes yeux de désirance
dans cette minuscule ouverture du temps.
Puis le temps se figera
dans l'incroyable résonance de la vague
J’ouvre ton corps à la page de l’attente
Et j’y laisse un marque-page
Pour en reprendre la lecture en septembre.
Temps arrêté à l’aube de l’amour
Temps des feux d’été
J’ouvrirai tes jambes
À la marque laissée
Dans les tisons de septembre
Et le feu se rallumera
Dans ton ventre, dans mon ventre
Et il se communiquera dans tout notre corps
Et le roman continuera de s’écrire
De page blanche en page blanche
Blanc comme des draps séchant au soleil.
La nature sera ce livre ouvert
Que l’on ne peut lire qu’avec les sens
Où nous sommes des marque-pages
Abandonnés quelque part sur une plage
Perdus dans des lignes de texte
Au milieu de chapitres ou de poèmes
Entre deux rimes
Qui vibrent comme des feuilles au vent.
J’ouvre ton corps à la page de l’attente
Et j’y laisse un marque-page
Pour en reprendre la lecture en septembre
Une autre lecture encore plus attentive
Plus près des mots, plus près des sens
Afin de toujours redire le poème de l’amour.




